Denise à la Cérémonie des Prix éthiques Anticor

Voici une interview de Denise Charrieras, référente d’Anticor en Dordogne, qui nous partage son expérience au sein du groupe local mais également en tant que remettante à la Cérémonie des prix éthiques Anticor 2024.

« C’est un constat que nous faisons tous : notre démocratie est de plus en plus malmenée et les scandales politico-financiers n’en finissent plus de décourager nos jeunes à participer à la vie de leur cité. L’injonction, devenue banale, du « tous pourris » représente un réel danger. » Denise

Elle a effectué sa carrière dans l’éducation nationale : conseillère d’éducation puis principale de collège et enfin proviseure en lycée. Elle a aimé ce métier où les équipes, recrutées par concours – c’est-à-dire au mérite et non pas par « réseau » – avaient, dans leur immense majorité, le souci de la réussite de chacun de leurs élèves. 

Depuis combien de temps es-tu adhérente à Anticor ? Et quel a été le déclic qui t’a poussé à rejoindre l’association ? 

Je suis devenue adhérente en 2017 si je me souviens bien. Le déclic fut, à la fois une expérience assez douloureuse et une belle rencontre. En effet, élue et adjointe d’une petite commune, j’ai pu mesurer très vite l’envers du décor d’une décentralisation où le verrouillage d’un département, à coup de clientélisme et de gestion opaque, vide de sa substance toute démocratie locale. À la suite de la lecture des « 30 propositions d’Anticor pour des communes plus éthiques », j’ai rencontré une adhérente qui m’a beaucoup aidée. 

Depuis combien de temps es-tu référente d’Anticor dans le Dordogne ? Et quel a été le déclic qui t’a donné envie de proposer ta candidature au poste de référente ? 

Je suis référente depuis 2021. Le groupe local était en sommeil et sans référent depuis deux ans. Entre temps, j’ai donc rejoint le conseil d’administration de la SEPANSO (société pour l’étude, la protection et l’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest). A cette occasion, force a été de constater que derrière chaque dossier : coupe rases des forêts, pollution des rivières, artificialisation des terres agricoles… pointait l’appât du gain et… la corruption ! Et c’est lors d’une réunion des référents de Nouvelle Aquitaine a laquelle j’ai été conviée que j’ai décidé de franchir le pas et de présenter ma candidature. 1 Les débuts furent délicats car je succédais à un référent ayant participé à la fronde contre Anticor. Beaucoup d’adhérents étaient déstabilisés par ses critiques et son manque de transparence. Après quelques réunions, les anciens adhérents sont revenus et nous sommes actuellement 80 sur ce département. Pour l’instant, je suis seule mais je crois savoir qu’un des nôtres se porte candidat, ce qui me réjouit vraiment. J’ai la chance de travailler avec un groupe dynamique, motivé et très dévoué. Les uns ont pris en charge notre communication, avec les autres, je partage les dossiers. En effet, notre département, d’une part, est vaste et d’autre part, comporte 80% de communes de moins de 500 habitants. C’est dire qu’il est très important d’avoir des relais de proximité pour assurer un contact privilégié auquel le monde rural est attaché. Nous avons des réunions en présentiel tous les trois mois environ puis les groupes travaillent en visio. Une des difficultés récurrentes pour nous reste le parcours du combattant pour se procurer le moindre document administratif et l’obligation de saisir la CADA avant d’instruire tout dossier. Mais nous avons connu également des moments forts ! Deux ciné-débats : « La très grande évasion » avec Yannick Kergoat comme animateur et « L’enquête » en présence d’Elise Van Beneden, la présidente d’Anticor et de Denis Robert. Les débats furent riches et nos adhérents très intéressés. 

Est-ce que tu peux me parler de ton groupe local ? 

Il est très important d’avoir des relais de proximité pour assurer un contact privilégié auquel le monde rural est attaché.

Tu as remis un prix éthique lors de la 16ème édition de la Cérémonie d’Anticor, peux-tu nous raconter comment tu as préparé ton intervention ? 

J’ai remis le prix éthique à Jean-Charles FAIVRE PIERRET, courageux lanceur d’alerte dénonçant des conflits d’intérêt de la part de hauts fonctionnaires de l’ARS Auvergne Rhône Alpes délivrant des autorisations d’ouverture de cliniques privées pour immédiatement après en devenir les administrateurs voire les actionnaires. Dans un premier temps, afin d’appréhender au mieux ce dossier très lourd – je suis assez étrangère au monde médical – j’ai lu avec attention les articles, et regardé les vidéos à ce sujet. Puis, j’ai contacté Jean Charles et c’est après cet échange, empreint de sympathie, que j’ai commencé à vraiment bien cerner la problématique. La cérémonie – où des cas également assez lourds étaient évoqués – s’est cependant déroulée de façon très fluide, entrecoupée de quelques clins d’œil plein d’humour de la part de plusieurs artistes. Ce fut une soirée très positive et j’en suis repartie encore plus motivée. À partir du « Guide de la transparence et et de l’éthique dans les mairies » nous avons conçu un questionnaire que nous allons diffuser auprès de toutes les mairies. Notre objectif étant de promouvoir les exemples de gestion municipale transparente et vertueuse… et de donner quelques idées aux autres ! Nous allons participer à un forum étudiant car nous envisageons des interventions dans les milieux scolaires. Bien sûr, nous restons vigilants sur les suites données à notre signalement auprès du Procureur concernant le syndicat mixte des déchets et nous nous réjouissons d’avoir eu de bons contacts avec la CRC qui va contrôler ce syndicat. 

Quels sont les prochains rendez-vous et/ou projets à venir dans ton groupe local ? 

Notre démocratie est de plus en plus malmenée et les scandales politico-financiers n’en finissent plus de décourager nos jeunes à participer à la vie de leur cité.

Est-ce que tu peux me dire quelques mots sur ton sens de l’engagement bénévole ? 

C’est un constat que nous faisons tous : notre démocratie est de plus en plus malmenée et les scandales politicofinanciers n’en finissent plus de décourager nos jeunes à participer à la vie de leur cité. L’injonction devenue banale « tous pourris » représente un réel danger. J’estime de mon devoir de lutter et d’essayer de faire en sorte de promouvoir certaines valeurs : probité, transparence… Le symbole du colibri me plait bien : « il n’agit pas dans son intérêt personnel et porte inlassablement ses gouttelettes d’eau sur le feu » La tâche est parfois lourde et chronophage. Mais je garde précieusement du temps pour la famille et les amis. 

Pour contacter Denise Charrieras, référente du groupe local Anticor Dordogne : gl24@gl-anticor.org